ابتکاری بین‌المللی برای انتقال روانکاوی لاکانی به زبان فارسی

Mon intervention d’aujourd’hui portera sur le Séminaire XX Encore de Lacan, prononcé dans les années 1972-1973. Comme il faut bien deux années pour le lire et que je n’ai que 45 min, j’ai choisi un angle d’approche qui ouvre aux thèses majeures de ce séminaire. Celui qui touche au corps.

Qu’est-ce qu’un corps ? Ce sera la question à laquelle je vais m’employer de répondre à partir de ce que Lacan en dit dans ce séminaire.

On pourrait se dire que la question est futile car nous avons tous une idée de ce qu’est un corps puisque chacun de nous en a un. Déjà la façon dont nous en parlons indique que si on l’a, ce corps, c’est que l’on ne l’est pas, ce qui nous ouvre à la question de l’être.

On ne dit pas « je suis ce corps » et si je dis que j’ai un corps c’est que je peux m’en servir.

La question de l’être, du « qui suis-je ? », est la question même du névrosé. Lacan dit que la névrose est une question. La névrose est une question car le névrosé est divisé entre sa part sujet, en tant qu’il est sujet au langage, et sa part objet. La thèse majeure et propre à Lacan est que le sujet, est d’un côté représenté par un signifiant pour un autre signifiant et de l’autre côté il y a la part objet perdu, prise sur le corps, que Lacan symbolise par petit a. Cette division étant le résultat de l’effet du langage dès que l’on commence à parler et que se produit l’effet sujet. C’est l’effet de perte du symbolique sur le réel du vivant, le premier traumatisme.

Quant à la question de l’être au sens philosophique du Dasein – étant là de l’être – de Heidegger, Lacan considère qu’on ne sait rien de l’être. On ne sait rien car le propre du signifiant est de toujours rater ce qu’il vise, son référent. C’est pourquoi il peut dire que le signifiant est le meurtre de la chose. Tout au plus concède-t-il que l’être se réduit à cet objet a, qui peut prendre les figures imaginaires des 4 objets de la pulsion que nous connaissons bien : le sein, les excréments, la voix et le regard.

Le corps que le sujet a reste donc à définir. Ce corps on peut s’en servir de différentes manières. L’usage de ce corps qui va nous occuper aujourd’hui est celui que Lacan met en avant dès l’ouverture de son Séminaire XX par cette formule :

La jouissance de l’Autre, (avec un grand A), du corps de l’Autre qui le symbolise, n’est pas le signe de l’amour.

Ici nous nous situons au lit, dans l’espace privé de la relation homme-femme et avec la question de quelle est cette jouissance du corps de l’Autre, celle prise dans l’acte sexuel ?

Il y a deux parties dans cette formule : la première sur la jouissance du corps de l’Autre et la seconde sur l’amour dont cette jouissance n’est pas le signe.

On saisit bien la division marquée entre jouissance sexuelle et amour. Jouir d’un corps n’est pas le signe d’un amour qui unirait le sujet à son partenaire. C’est le signe de votre désir pour ce partenaire.

Pas besoin d’être psychanalyste pour savoir cela. Beaucoup d’adolescents le comprennent très vite même si tous les discours qui leurs sont tenus voudraient leur faire croire le contraire.

Je vais m’en tenir à la première partie sur la jouissance du corps de l’Autre.

Précisons d’abord que l’Autre dont il est question ici n’est pas celui auquel Lacan nous a habitué. Ce n’est pas l’Autre en tant que lieu des signifiants, de la vérité. Ici l’Autre est symbolisé par le corps. C’est donc l’Autre comme corps sexué et plus spécifiquement l’Autre sexe, comme Lacan désigne la femme. Le corps de l’Autre est celui d’une femme.

Deuxième précision sur l’usage de la proposition de dans « Jouissance de l’Autre ».

Ici comme déjà dans d’autres formules de Lacan nous rencontrons la même ambigüité dans l’usage du « de ».

Dans la langue française il y a deux usages possibles de la préposition de, ce qu’on appelle la détermination objective et la détermination subjective.

Dans le cas d’une détermination objective c’est de jouir de l’Autre, du corps de l’Autre dont il est question. Cela nous situe du côté de la jouissance qu’un homme prend dans l’acte sexuel, que nous savons être phallique et même toute phallique. Ce que Lacan appelle la note sadienne puisque ce dont il jouit ce n’est pas le tout du corps de l’autre mais seulement d’une partie, d’un objet partiel.

Dans l’autre cas, de la détermination subjective, c’est l’Autre qui jouit soit une femme dont Lacan nous dit que cette jouissance propre à l’Autre sexe n’est pas phallique. Ce qu’il appelle la note extatique est cette jouissance pas toute phallique, le coté femme.

Et dans un cas comme l’autre, ces deux types de jouissance sont impropre à faire rapport entre les sexes.

J’insiste sur ce point car on a tendance dans cette proposition à n’y voir que la jouissance qu’un homme peut prendre dans l’acte alors que les deux sexes sont concernés.

Je reviens au corps de jouissance. Quel est-il ? C’est une question fondamentale.

Est-ce le corps dans sa forme imaginaire ? Non.

Est-ce l’organisme, le corps substantiel ? Non plus car l’un comme l’autre ne sont pas les corps de jouissance sexuelle.

La thèse – pas simple – est que l’existence de notre corps d’être sexué est sous la dépendance du langage, de l’incorporation du langage.

Pour reprendre une de formules de Lacan: c’est le langage qui isole le corps dont l’être se soutient. C’est le langage qui décerne à l’être son corps et sans ce langage, le corps ne serait pas, faute d’en pouvoir parler.

C’est-à-dire que le corps, celui de l’être du sujet – Lacan va redéfinir l’inconscient du terme de « parlêtre » où l’être désigne le corps – ce corps se fabrique avec la grammaire, la syntaxe incorporée. Freud lui-même avait parlé de la grammaire de la pulsion et Lacan ensuite a parlé de la pulsion comme « trésor des signifiants ». Et puis dans le Séminaire XX Encore, en lien avec l’inconscient comme parlêtre Lacan introduit la notion de « corps parlant ». Le corps parlant suppose l’incorporation du corps du symbolique.

C’est donc l’Autre du signifiant qui fait le corps du sujet d’y être incorporé. Ça nous indique quel est le lieu de l’Autre, ici celui des signifiants. Le lieu de l’Autre c’est le corps. Et par là celui de l’inconscient dont il est explicite qu’il détermine la jouissance du corps. Sans cela on ne pourrait pas soutenir que l’inconscient est structuré comme un langage, avec ses opérations de métaphore et de métonymie.

A partir de ces thèses, Lacan avance que l’inconscient ne détermine pas le sujet mais sa jouissance de corps. D’où sa formule de l’inconscient sans sujet.

Autrement dit le signifiant est cause de jouissance et il détermine le corps dans ses modes jouissance.

C’est même la cause matérielle sans laquelle il n’y a pas moyen d’aborder une partie du corps.

En effet sans le signifiant il n’y a pas moyen d’isoler chez l’Autre la partie à jouir du corps. Ça veut dire que le signifiant découpe une zone érogène sur le corps de l’Autre. C’est le côté fétichiste de la jouissance masculine. C’est valable pour le corps de l’Autre mais aussi pour le corps propre du sujet. En effet le signifiant délimite aussi une zone érogène du corps propre au sujet. C’est le registre pulsionnel dont il dira plus tard que la pulsion est ‘l’écho dans le corps du fait qu’il y a un dire’1. Celui de la demande parentale. Celle qui vous nourrit et qui exige la propreté.

Autrement dit, je cite de nouveau Lacan : Il suffit qu’au besoin s’ajoute la demande – (la demande c’est l’immixtion du langage) – pour que le sujet et la pulsion apparaissent.

Cliniquement c’est très perceptible chez le jeune autiste sans langage. Son corps est le lieu d’une excitation, d’une jouissance qui ne relève pas du registre pulsionnel. Car l’incorporation signifiante n’a pas eu lieu. Cela explique ces mouvements caractéristiques des autistes comme les balancements, les mouvements des mains.

Mais c’est aussi sensible chez le nourrisson d’avant l’entrée dans le langage, d’avant qu’il ne parle. Son corps est aussi le lieu d’une grande excitation dans son rapport au monde extérieur. Avec l’entrée dans le langage, incorporation des éléments du langage, cette excitation diminue.

Avec cette thèse que le corps qui se jouit dans l’acte est celui dans lequel le langage est incorporé, autrement dit c’est du symbolique que se fait le corps de l’être sexué, nous pouvons aborder ce qui relève de la jouissance de l’homme et de celle des femmes.

Commençons par celle de l’homme.

Sur ce point Lacan avance que la jouissance du corps c’est pour l’homme. Et il ajoute que cette jouissance est asexuée avec la double écriture possible. Soit asexuée en un seul mot ou bien a-sexuée où l’objet petit a vient se loger. Pourquoi la dire a-sexuée cette jouissance ? Et bien c’est qu’elle n’établit pas l’Un de l’union, de la fusion, puisque l’homme ce dont il jouit c’est de son organe phallique dans son rapport à un objet partiel, objet pulsionnel. Ce qui fait dire, à Lacan, qu’il n’y a pas de pulsion sexuelle mais que des pulsions partielles. Et aussi que l’acte d’amour, comme on dit, c’est la perversion polymorphe du mâle. Phrase qui est en cohérence avec le discours freudien sur la perversion polymorphe de l’enfant.

Donc la jouissance du corps morcelé c’est pour l’homme. C’est la jouissance qui se définit d’être phallique.

Nous avons ainsi une définition de l’homme dans son être sexué comme relevant de la jouissance du corps comme tel, c’est à dire asexué, phallique.

Maintenant qu’en est-il de l’être sexué des femmes ?

Et bien Lacan avance que l’être sexué des femmes, de la pas-toute, ne passe pas par le corps.

Quand vous lisez cela la première fois, vous sursauter. Comment peut-on avancer une chose pareille ?

Il faut avoir à l’esprit que la démarche de Lacan est d’arriver à définir de quoi relève l’être sexué de l’homme et de la femme. De définir l’être sexué en sortant du registre imaginaire qui est celui du phallus. C’est-à-dire autrement que Freud qui l’avait établi entre avoir ou pas le phallus.

Dans sa reprise de Freud, Lacan va complexifier la chose. Ça sera avoir le phallus pour l’homme et l’être pour une femme.

Mais ici, il dépasse cette répartition axée sur le phallus pour situer la différence au niveau de la jouissance.

Cette jouissance est toute phallique pour l’homme, donc relevant du langage et donc du corps.

Pour une femme, qui est aussi concernée par la jouissance phallique mais pas totalement – pour sa part proprement femme – cette jouissance pas toute phallique est hors langage.

Cela signifie que dans l’Autre il manque les mots pour la dire, cette jouissance.

Donc le fait de la dire hors corps par Lacan est cohérent avec le fait qu’elle soit hors langage étant donné que le corps qui se jouit dans l’acte est celui dans lequel le langage est incorporé.

Cette jouissance pastoute est donc hors corps puisque il n’y a pas de symbolique qui lui donne corps.

Ça ne veut pas dire que cette jouissance est dans les limbes. Elle est celle du corps comme substance jouissante mais pas celui – le corps – fait du symbolique. Tout du corps comme substance jouissante ne passe pas à la jouissance phallique.

Cette jouissance, les femmes l’éprouvent. Très tôt Lacan a spécifié une jouissance proprement féminine. Il a parlé d’une « sensibilité de gaine » dans son Propos directifs pour un congrès sur une sexualité féminine, puis de l’effet de l’ascenseur dans le Séminaire XIV La logique du fantasme. Dans le Séminaire XX Encore à propos de cette jouissance Autre que la femme éprouve Lacan dit qu’elle la fait Autre à elle-même, la fait absente d’elle-même comme sujet, elle la divise.

De la diviser ça ne lui fait pas se sentir femme car cette jouissance n’est pas identifiante. Ça peut même l’angoisser.

Avec ce qui précède on saisit mieux cette affirmation qu’il n’y a de femme qu’exclue par la nature des choses qui est la nature des mots.2 En effet, comme les mots manquent à dire sa jouissance supplémentaire au regard de la jouissance phallique et bien la femme est exclue. Ça signifie qu’on ne peut pas dire La femme comme on dit l’homme au sens du mâle. On ne peut pas faire des femmes un ensemble qui serait celui de La femme comme on a l’ensemble de L’homme.

Cela relève de la logique du pas tout.

Comme l’homme est tout dans la jouissance phallique on peut former l’ensemble des hommes.

Les femmes étant dans le pas tout phallique on ne peut pas former un ensemble d’elles.

C’est ainsi que Lacan affirme que La femme – avec un L majuscule – n’existe pas mais qu’il y a des femmes, prises au « une par une ».

Dire qu’elle est « exclue par la nature des choses qui est la nature des mots » ça dit aussi qu’il n’y a pas de nature en soi, que la nature relève du langage.

Puisqu’il n’y a pas dans l’Autre les mots pour dire ce qui la spécifie et comme l’inconscient c’est le discours de l’Autre, il n’y a pas de signifiant dans l’inconscient pour dire son être sexuée.

J’ai beaucoup développé que l’être sexué des femmes pas toutes ne passe pas par le corps. Mais par où passe t’il quand il s’incarne ?

La réponse qu’apporte Lacan – que j’ai mis un peu de temps à comprendre – relève de la logique du pas tout. Et cette logique exige que l’être sexué des femmes passe par le « une par une ».

J’explique : le « une par une » ça convoque la série. Les femmes s’inscrivent dans une série : une puis une autre etc. A la différence des hommes qui s’inscrivent dans un ensemble.

C’est ce qu’illustre l’air du catalogue dans l’opéra de Mozart « Don Juan ». Quand Leporello, domestique de Don Giovanni, décrit les amours de son maître, il en fait un catalogue.

C’est le catalogue dans lequel il les énumère une par une en passant par les paysannes, les citadines, les servantes, les princesses, les grassouillettes, les maigres, etc. Puis il les énumère par leur nombre dans les différents pays dont l’Espagne que l’on retient souvent celui de « mille e tre », facile à retenir.

C’est ça l’être sexué des femmes prisent dans le discours, elles sont prises « une par une ».

Ce n’est pas que de la théorie. C’est très perceptible dans la clinique puisque le plus souvent un homme quitte une femme pour une autre. Ce qui n’est en général pas le cas pour une femme. Elle ne quitte pas très souvent un homme pour un autre. Il y a une clinique à faire mais souvent c’est pour échapper aux effets ravageant que l’homme a sur elle.

Si l’homme les prends « une par une » comment aborde t’il une femme dans l’acte sexuel ?

Si on suit Lacan et que la femme n’est pas toute, il y a toujours chez elle quelque chose qui échappe au discours.

Et l’homme quand il cherche une femme, il ne la cherche qu’au titre de ce qui se situe du discours puisque la part femme hors discours, la pastoute, il ne peut y accéder.

C’est ce que démontre le discours analytique. Il est le seul à le faire.

Si bien que la femme n’entre dans le rapport sexuel que par la part qui n’échappe pas au discours, c’est-à-dire en tant que la mère.

Et l’homme, lui n’entre dans le rapport qu’en tant que soumis à la castration.

Je crois que ces développements sont nécessaires à la compréhension de ce que Lacan apporte ensuite avec les formules de la sexuation pour définir ce qui relève de l’homme et de la femme.

Patrick BARILLOT

Paris le 19 mai 2025

CF Colette SOLER « Ce que Lacan disait des femmes » p 215

A ajouter sur la femme qui n’entre dans le RS qu’en tant que la mère.

C’est en cohérence avec ce qu’il dit coté homme que « la mère reste contaminer la femme »

Avec pour conséquence ce que Freud a bien aperçu : la tentation toujours ouverte, pour un homme, de se faire l’enfant de sa femme. Ce qui veut dire concrètement d’en attendre des soins maternels au niveau du substrat de la vie quotidienne, de la sollicitude pour son narcissisme, et parfois jusque sur le plan érotique. Un homme pourra être porté à refuser une paternité qui pourrait lui soustraire une part des soins maternels de sa femme et qui le mettrait en rivalité fraternelle avec ses propres enfants.

Cas fréquent des vieux couples ou l’homme appelle sa femme « maman »

Lacan, Le sinthome, Le séminaire, livre XXIII (1975-1976), Seuil, Paris 2005, 18 novembre 1975, 17.

Le Séminaire XX Encore, Ed. du Seuil, p. 68.

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